80 harragas arrêtés par la gendarmerie

Le phénomène de harragas, une forme nouvelle d’émigration clandestine prend de plus en plus d’ampleur en Algérie. La côte algérienne, qui s’étend sur 1.200 kilomètres, est une aubaine pour des candidats à l’émigration clandestine. Les harragas, originaires des pays du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, au péril de leur vie, tentent par tous les moyens de gagner la rive sud-ouest de la Méditerranée. Pauvreté, chômage, désouvrement, mal vie et sentiment d’exclusion autant de raisons qui poussent à «brûler» les frontières dans une tentative souvent malheureuse, à bord d’embarcation de fortune. Les migrations, qui ne connaissent aucune frontière géographique ou légale, seront peut-être l’un des problèmes centraux de ce siècle. L’émigration clandestine est désormais un problème délicat auquel se trouvent confrontées les nations en développement. La traversée du territoire algérien est l’une des étapes d’un voyage dangereux à destination de l’Europe, où les migrants espèrent trouver de meilleures conditions de vie.
Les harragas, qui constituent un véritable casse-tête pour les politiciens des deux rives, ne s’arrêtent pas à une seule tentative. S’ils parviennent à rejoindre les côtes italiennes ou espagnoles, ils seront traqués sans ménage par les services d’immigration des deux pays et s’ils échouent dans leur tentative, ils seront repêchés dans les eaux territoriales des pays suscités par les gardes-côtes et ce, s’ils ne périssent à l’issue de leur périple suicidaire. L’Algérie, qui combat par tous les moyens ce phénomène, est considérée par des experts en la matière comme étant l’une des plaques tournantes des harragas. Parmi les wilayas ayant enregistré le plus de cas et de tentatives d’émigration, sans aucun doute, la wilaya côtière de Aïn- Témouchent, à l’ouest du pays, est la plus ciblée à 220 kilomètres de la côte espagnole. Ce phénomène des harragas a fait son apparition durant l’année 2006 dans l’ouest algérien, plus proche des côtes espagnoles, et tend à prendre une certaine ampleur.
Cette wilaya à vocation agricole possède 80 kilomètres de côte avec des plages d’une beauté inégalée. Les plages au sable fin et Les plages rocheuses sont devenues la destination de prédilection de jeunes dont la tranche d’âge varie entre 18 et 35 ans. Des jeunes rêveurs, audacieux à l’orgueil mal placé, croyant trouver l’eldorado sur les terres ibériques et une vie meilleure dans le pays de Dante, sont souvent confrontés à la colère de la mer qui ne cesse de prendre leur vie.
A titre d’exemple, le mois dernier, les gardes-côtes ont repêché 44 corps de jeunes harragas sur les plages de Rechgoune et Orgmasa. Un autre corps a également été repêché à Béni Saf (Aïn Témouchent).
Aujourd’hui, selon le lieutenant colonel Réda Aidawi, commandant du groupement de la gendarmerie nationale de Aïn Témouchent, la plupart des harragas ne sont pas originaires de cette wilaya. Des jeunes demeurant dans les villes de l’Ouest du pays se mettent en contact, par le biais d’intermédiaire, avec des commanditaires et chefs de réseau qui planifient le départ «en enfer» de ces jeunes damnés de la mer.

14 millions pour une traversée dramatique

Le responsable de la gendarmerie nationale de Aïn Témouchent a déclaré à El Moudjahid, que sur des embarcations de fortune, munis de gilets de sauvetage, les harragas tentent de gagner l’Espagne et l’Italie. Quand ce n’est pas devant un tribunal, l’aventure se termine par un drame. Essayant de combattre les dangers de la mer mais aussi leur destin, les jeunes harragas après avoir déboursé entre 10 et 14 millions de centimes chacun, naviguent avec deux moteurs et prennent un troisième en cas de panne, des vivres, des effets vestimentaires et 200 litres de mazout. Avant d’entamer leur périple, les harragas louent tous ensemble un bungalow près de la plage ou ils construisent des baraques de fortune en pleine forêt en attendant le moment propice pour prendre le large. «Les harragas à Aïn Témouchent embarquent sur des plages rocheuses pour la traversée, entre 21 h et 23 h, lorsque que la mer n’est pas agitée. Le choix de l’heure n’est pas fortuit, puisque ils arrivent à 4 h du matin, l’heure où les pêcheurs espagnols entrent au port. Profitant de ce moment-là pour se faufiler entre les chalutiers et rejoindre la côte, si tout se passe bien», a expliqué le commandant du groupement avant d’ajouter que son service a procédé à l’interpellation de plus de 80 harragas, dont 2% sont des femmes, et 30 commanditaires, repris de justice, depuis le début de l’année. Il a précisé aussi, que parmi les commanditaires impliqués, figurent un garde communal, des pêcheurs et un gradé au sein des gardes-côtes, néanmoins la situation est maîtrisée.
L’autre façon de prendre le large, dira l’officier supérieur, est l’acquisition par certains jeunes de barques dans le cadre de l’emploi de jeunes qui, par la suite, sont revendues aux harragas. Dans une affaire récente, les éléments de la gendarmerie nationale ont arrêté 4 personnes dans un café, présumées commanditaires, qui tentaient de faire passer 50 jeunes en Espagne, contre 14 millions de centimes chacun.
Par ailleurs, chaque année, entre 4.000 et 5.000 jeunes Algériens tentent la traversée vers les pays de l’Union européenne sous le sceau de la clandestinité. Aussi, quelques 2,5 millions d’immigrants clandestins résident illégalement dans des pays de l’Europe du Sud comme le Portugal, l’Espagne, la France et l’Italie. 90% n’ont aucune qualification, 89% ont le niveau secondaire ou moyen et 2% sont universitaires. Les mosquées au niveau national ont entamé une vaste campagne à destination des jeunes qui tentent d’émigrer clandestinement. Il s’agit, à travers cette action, de tenter d’endiguer le phénomène qui est à l’origine de la mort d’une centaine de jeunes harragas et la disparition d’autant de leurs compagnons d’infortune au large des côtes algériennes. Une fetwa est même en train d’être préparée pour interdire officiellement l’émigration clandestine et déclarer illicites les risques que prennent les harragas en Algérie. Selon les déclarations faites récemment par le cheikh Abou Abdessalem, président de la commission nationale des fetwas, ces jeunes risquent leur vie en mer en tentant d’émigrer par des moyens illégaux. Ils sont conscients des risques et périls auxquels ils s’exposent, chose qui s’apparente à une tentative de suicide. «Cela est en porte-à-faux avec les préceptes de l’Islam ». Les réseaux de passeurs, qui sont derrière la propagation du phénomène en Algérie, seront également visés par la fetwa. Le ministre des Affaires religieuses, M. Bouabdellah Ghlamallah, a également annoncé des mesures pour la prise en charge de ces candidats à l’émigration permettant, notamment, de faire face à ce phénomène.

Source: EL Moudjahid

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