Des attentes… et des attentes

Il y a plusieurs manières d’appréhender le niveau de développement d’une localité. Les statistiques ne renseignent pas sur la qualité des projets ni sur la pertinence de leur choix à un moment donné. Le concept de compétitivité des territoires est venue mettre en évidence une série d’indicateurs en mesure de cerner la problématique inhérente aux collectivités locales. Il nous apprend qu’une région est d’autant plus riche que le nombre de PME/PMI qui y trouvent place est important. Résultat d’un patient travail de construction et de re-construction que l’état à travers les multiples plans quadriennaux du temps de feu Boumediene et quinquennaux sous l’ère généreuse de Abdelaziz Bouteflika, a initié pour faire profiter les populations des bienfaits de la civilisation.
Quelles appréciations peut- on tirer de cet incommensurable effort en prenant comme modèle l’évolution d’une ville comme Aïn Témouchent. Un microcosme géoéconomique assez représentatif des épreuves qui ont jalonné la marche vers le progrès. Une wilaya adossée à la mer sur 80 km de côtes et donc disposant de grandes réserves halieutiques, une superficie agricole utile de 180.000 has partagée essentiellement entre les céréales, le vignoble et le maraîchage, une vingtaine de stations balnéaires, 1330 km de routes carrossables, des carrières d’agrégats, un taux d’électrification parmi les meilleurs du pays, un réseau hydraulique plus qu’appréciable et d’autres atouts dans les domaines de la santé, des travaux publics et de la formation.
Le fleuron de cette quête du bienêtre et du savoir étant illustré par le nouveau centre universitaire qui ne tardera pas à acquérir le statut d’université. Un standing, qui paradoxalement n’a pas suscité l’engouement escompté en termes d’investissements et de création de richesses. Un pouvoir attractif qui se décline principalement en période estivale où l’on enregistre, bon an mal an, une moyenne de cinq millions de visiteurs.
Maigre consolation pour une localité qui n’arrive pas à rentabiliser son potentiel économique comme en témoigne un budget très moyen qui oscille annuellement entre 60 et 70 milliards de centimes. Aïn Témouchent, on l’a souvent répété, est réputée par la cherté des produits de consommation en dépit de la place privilégiée qu’occupent l’agriculture et la pêche au sein de l’économie locale. 32% de la population active vit du travail de la terre soit près de 9% de la population totale estimée à 370.000 habitants. Les fruits et légumes ainsi que le poisson affichent des prix qui contredisent cette vocation. Le tourisme n’est pas mieux loti. Les ZET (zone d’expansion touristique) crées il y a 20 ans attendent toujours que des promoteurs internationaux se manifestent pour «booster» le secteur qui recèle pourtant de merveilleux sites sauvages en bordure du littoral.
Une offre évaluée à 2000 lits et une activité qui emploie 300 personnes. C’est peu par rapport aux énormes possibilités touristiques de la région, dont le taux de chômage dépasse les 12%. Il n’y a que l’état qui investit. Le plan de soutien à la croissance économique 2005-2009 a mis dans l’escarcelle la somme de 52,4 milliards de DA, celui lancé avant (1999-2004) a dégagé une enveloppe financière de 23,4 milliards de DA, en plus de 07 milliards de DA au profit de la reconstruction de la zone sinistré touchée par le séisme en 1999. Le troisième plan (2009-2014) a pour, sa part consacré la bagatelle de plus de 93 milliards de DA dans le but d’améliorer les conditions de vie du citoyen. Des montants conséquents qui ont permis la concrétisation de nombreux projets de développement dans tous les secteurs.
Un bilan encourageant certes mais qui n’exclut pas une lecture objective et sans complaisance pour ceux qui veulent calquer les chiffres sur les réalités. Car pour aller de l’avant il importe dans la conjoncture présente, marquée par une forte corruption, de se montrer vigilant et de dénoncer les dérives où qu’elles apparaissent.
Force est de reconnaître- et les aléas du temps l’ont suffisamment démontré- que nombre de projets fraîchement réceptionnés souffrent de malfaçons, de retards ou d’un manque de maturation faute d’études sérieuses, quand ils ne sont pas tout simplement livrés à eux-mêmes, une fois achevés.
L’hiver à cet égard et à la moindre précipitation s’avère un impitoyable révélateur. D’où la nécessité d’imposer rigueur et transparence dans l’attribution des marchés publics, de déloger les fonctionnaires véreux tapis dans les rouages de l’administration et de veiller au strict respect des cahiers des charges. L’argent du contribuable doit profiter au contribuable. De nouveaux modes de gouvernance locale pourraient voir le jour dans le sillage de l’application prochaine des codes de l’APC et de l’APW amendés. Pour redorer le
blason guère honorable, des élus portés par des partis politiques godillots depuis longtemps invertis par une faune de rentiers. On ne construit pas une société du devenir en se référant à des modes de gestion périmés qui ont fait le lit à l’incurie et à l’appauvrissement des valeurs.
C’est la responsabilité de tout le monde en fait, même celle de ces citoyens qui ont perdu tout sens de civisme fuyant leurs devoirs et ne jurant que par leurs droits. L’esprit d’assistanat a anesthésié l’effort et le travail. A l’échelon local le FNDRA a englouti 13 milliards de DA dont 9,1 milliards de DA au titre du soutien de l’état. Entre 2005-2009 16784 logements ont été livrés en plus de 4000 logements précédemment distribués dans le cadre du relogement des sinistrés, alors que le déficit à la veille du séisme de 1999 avoisinait à peine 5000 demandes en instance. Le calcul des logements réceptionnés à partir de l’an 2000, tous programmes confondus, atteint près de
25.000 logements.
La rumeur laisse entendre que près du 1/3 des bénéficiaires de logements passés par les commissions durant la décennie écoulée n’ouvre pas droit à un logement. Le logement rural n’a pas échappé à la curée. Objet d’une discrète spéculation, la formule a été en partie détournée de son objectif dès lors que des familles ayant une lointaine attache avec le travail de la terre s’en sont emparées outre le fait qu’on ne réalise pas des logements ruraux aux portes de la ville ou en bordure de la mer. Des incohérences non dénuées de visées qui ne sont pas de nature à renforcer la confiance chez les citoyens du monde agricole.
Un wali aussi avisé soit-il n’a pas un don d’ubiquité pour se prémunir des coups bas de ses subalternes. La presse de proximité, parfois encanaillée n’a pas su de son côté se faire l’écho des préoccupations des couches démunies se limitant souvent à des informations officielles ou anodines. A Aïn Témouchent, par la faute de quelques plumitifs plutôt enclins à disserter sur le ver blanc, la moutarde des champs ou les déboires de la vigne, la corporation des correspondants de journaux est taxée de «presse bouton ». L’on oublie qu’un article de journal peut faire beaucoup plus qu’une multitude de doléances. Un ancien wali passionné de lecture: «je n’ai pas besoin de publicité, faites votre travail de journaliste le plus objectivement possible, vous me rendrez service…» Une réaction saine qui nous rappelle cette sentence de Sénèque: «on offre plus de champ aux périls en leur tournant le dos».
La nouvelle responsable de la wilaya, Mme Zerhouni Nouria Yamina qu’on qualifie de femme au caractère trempé ne manquera certainement pas de marquer de sa propre empreinte le destin de la localité de Sidi Saïd. Le «Ouali Essalih» qui possède un mausolée du même nom sur les terres mostaganemoises étendre à coup sûr sa baraka jusqu’aux confins de Oulhaça.

Source : Echo-Oran

2 Comments

  1. karim dit :

    une analyse courageuse, lucide et clairvoyante.l’echo d’oran reste un journal qui exprime le mieux les affaires de la cité. merci

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  2. KOUIDER dit :

    Souhaitons que le nouveau WALI en l’occurence Mme ZERHOUNI s’empreigne du caractère de Mme TATCHER et devienne notre dame de fer à nous les Témouchentois. Vraiment dommage pour le territoire d’OULED ZIDOUR dont les potentialités ne sont plus à mettre en relief. Que faisons-nous? nous les bons citoyens si ce n’est de rester spectateur et de voir la gangrène (Corruption) ronger les vrais valeurs et de ce fait nous rendre complice de ces agissements.
    Reveillez-vous et dénoncez les brebis galeuses!!!!! Ce n’est pas de la délation, c’est du civisme au sens propre du mot.

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