Les enfants des décharges

Chaque jour que le Bon Dieu fait, des dizaines d’enfants natifs de la ville de Aïn Témouchent et victimes de la déperdition scolaire, se rendaient en groupes et dès l’aube naissante à la décharge communale de Sidi Yamine, comme le faisaient jadis les petits Cairotes. Heureusement que le SOEMO s’est mis de la partie, pour les prendre en charge. La décharge communale de Sidi Yamine sert depuis la nuit des temps de réceptacle aux ordures, toutes catégories confondues, issues des rejets de la population témouchentoise, parmi eux, du plastique, du bois, des objets métalliques ou simplement du carton.
Donc, autant de matériels recyclables attirant la convoitise des enfants défavorisés par le sort et qui viennent fouiller les monticules d’ordures, pour en retirer tout ce qui est négociable, afin de le revendre soit aux brocanteurs, soit aux entreprises spécialisées dans le recyclage. Une activité qui n’est pas sans risques, en raison de la nature même des objets récupérés et porteurs de tous les dangers de transmission de tétanos, de dermatoses, sida et autre hépatite C, puisque dans le lot figurent aussi bien des seringues jetables ayant peut-être servi à des drogués.
Mais de cela, ils n’en ont cure, puisque le fait d’avoir de l’argent dans les poches, leur importe plus que tout, sans se soucier outre mesure des risques de maladies qu’ils encourent. Certains d’entre eux encore scolarisés, mais poussés par la misère, n’hésitent pas à faire dans l’école buissonnière, pour venir tenter leur chance, en compagnie des enfants de leur âge et même condition, à la décharge communale de Sidi Yamine, où ils rêvent de découvrir enfin le trésor tant convoité, ce qui explique la frénésie qu’ils mettent à s’y bousculer chaque jour, surtout pendant les vacances scolaires.
Cette triste situation porteuse de tous les dangers, n’a pas manqué d’émouvoir la direction de l’Action sociale (DAS), qui a mis en action tout un arsenal de cadres et de techniciens spécialisés pour éradiquer le phénomène. A commencer par une enquête sociale sur tous les poulbots s’adonnant à cette pratique, perdue de vue depuis l’ère coloniale. «C’est ce qui a incité l’organisme public, chargé du suivi et de l’orientation des enfants en milieu ouvert (SOEMO), à ouvrir récemment ses portes pour accueillir ces enfants», rapporte à la VO un cadre psychologue exerçant à la DAS d’Aïn Témouchent. Selon notre interlocuteur, le SOEMO vient de prendre en charge 12 enfants qui s’adonnaient à cette pratique pour diverses raisons. Ils sont suivis par un groupe de 5 psychologues, 01 sociologue, 01 professeur d’enseignement secondaire (PES), 02 éducateurs et quelques cadres spécialisés bénévoles. Pour une meilleure prise en charge de leur avenir et de leur réinsertion sociale, des formations leur sont dispensées en informatique, en fonction des niveaux des intéressés, ainsi que des cours de rattrapage en français et en arabe pour les enfants scolarisés. Dans la foulée, des ateliers de couture, de bonneterie et de coiffure pour dames sont venus compléter la panoplie des offres de formation, sans oublier les loisirs qu’offrent la bibliothèque et le laboratoire photos.
C’est ainsi que tous les lundis après-midi, les parents seront invités par le SOEMO, à suivre des séances d’orientation psychorééducatrice à des fins de guidance parentale. S’agissant des résultats obtenus par cet établissement public, il s’avère que 47 cas ont été réinsérés à ce jour dans la société, parmi eux 27 ont été repris dans les écoles et 20 affectés soit à la formation professionnelle, soit en apprentissage. Enfin, certains éducateurs interrogés à propos de la solidarité avec les mineurs et leurs parents, souhaiteraient que les institutions étatiques et autres ONG conjuguent leurs efforts pour mieux encadrer les enfants et les jeunes en détresse.

Source: Voix-Oranie

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