Opération coup-depoing

menotteL’offre de couvrir une opération coup-de-poing, avancée par le commissaire principal chargé de la voie publique, n’était pas franchement tentante. Déjà que la dénomination de l’action policière n’est pas sympathique, évoquant crûment la brutalité de la répression même si cette dernière est nécessaire : « Vous savez, une descente de police reste une descente », expliqua notre interlocuteur. Rendez-vous est pris pour le samedi à 22h, moment propice pour appréhender, dans leurs œuvres, les délinquants et intercepter les personnes recherchées principalement dans les lieux de la marge. Une centaine de jeunes policiers sont mobilisés sous les ordres de deux commissaires et de plusieurs officiers. Répartis en deux groupes, ils doivent opérer, un groupe dans le secteur nord de la ville et le second dans le secteur sud. Nous intégrons ce dernier groupe qui s’ébranle dans une dizaine de véhicules. Il doit sillonner la périphérie et ses zones réputées malfamés. La première destination est Znine, au sud-ouest.
Le terrain vague en pente, avec ses ruines, ses vestiges du séisme de 1999, est lugubre dans le noir. C’est un « casino » pour jeux de hasard. Il n’a plus rien à voir avec le paisible et vieillot quartier du grand jour. Les policiers s’y aventurent sans lampes torches et sans précipitation, comme de simples passants. Ils reviennent bredouilles.La seconde étape, plein sud-est El Berqouqa. A un demi kilomètre, en contrebas de la ville, en bas de la falaise qui domine l’oued Senane, nous nous engouffrons à pied, entre arbres et roseaux, sur un chemin longé par des dépôts de gravats donnant une image moins reluisante de la coquette Témouchent.
Sous la clarté de la lune, on voit moins qu’on ne devine les choses. Au bout d’un quart d’heure, une remontée débouche sur un champ et ses chaumes à l’éclat étonnant reflétant les lumières de la ville. El Berqouqa est un lieu de beuveries. Là encore, personne. En véhicule, c’est ensuite un périple qui passe par St Rock, puis à l’extérieur de la ville par le sud-est, sur la partie la plus haute, celle du château d’eau. La piste est jalonnée de gravats. Là, il faudrait d’évidence une opération coup-de-poing pour faire rendre gorge aux contrevenants. Le convoi rentre par l’ouest à Sagla, dit encore Dar el Ghoula, un ancien champ de vignes qui, même urbanisé, demeure un lieu de la marginalité.
Une jeune femme et deux jeunes hommes, sans papiers et sans lien de parenté avoué, sont arrêtés. Il est 23 h 10. Une centaine de mètres plus loin, à ce qui devait depuis longtemps devenir un terrain de tennis mais dont il n’existe que la clôture et les gradins envahis par les mauvaises herbes, le convoi s’arrête. Les policiers partent en flèche, surprenant quatre personnes en train de boire. Il s’avère que ce sont des djounoud. Alors que l’on redémarrait, on tombe en contrebas de l’éternel futur stade sur une camionnette et deux autres personnes qui se partageaient une bouteille de whisky.
Un des policiers, qui veillait aux moindres faits et gestes des deux individus, remarqua que l’un d’eux avait jeté furtivement quelque chose. Elle s’avéra être un bout de zetla. Un appel est illico fait à la brigade des stupéfiants pour « exploiter » l’homme qui, selon des confrères, est connu pour être une personne « bien sous tous rapports ». La ronde se poursuit et s’achève sans autre incident à minuit. Le résultat de la virée est finalement contraire à ce que nous pouvions en attendre, ce sont des personnes de la classe moyenne qui sont rejetées sur les lieux de la marge ! D’aucuns diraient : « Forcément, avec tous les interdits et les fermetures intempestives de tout lieu condamné par le rigorisme régnant. »

Source : El-Watan

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