Pour contrer le phénomène de la «Harga»

Curieusement, la wilaya d’Aïn Témouchent est notoirement connue comme la tête de pont du phénomène de la «Harga», que lui confère une façade maritime longue de 80 km et qui continuera d’attirer les jeunes voulant à tout prix concrétiser leurs rêves, quitte à le payer de leurs vies. Un Eldorado qui n’attend qu’eux, du moins le croient-ils, pour leur mettre dans la bouche la cuillère d’argent qu’ils n’ont pas eu à leur naissance. Sous-estimant les dangers auxquels ils s’exposent, ils prétextent le chômage et l’injustice sociale dont ils se sentent les cibles. Si certains d’entre eux arrivent à débarquer en Espagne, avec la certitude pour beaucoup d’être refoulés de leur terre d’exil, d’autres auront échoué dans leur traversée, quand ils ne sont pas perdus corps et biens.
C’est ainsi que 98 jeunes victimes du syndrome de l’émigration clandestine, dont 3 filles prises en charge par la direction de l’action sociale (DAS) d’Aïn Témouchent, ont fait l’objet d’une étude sociale approfondie. Selon le DAS, M. Hamitouche, ces Harraga étaient mal orientés voire mal conseillés, au point d’inciter les services compétents à ouvrir un bureau spécial chargé de leur suivi et de leur prise en charge. En attendant mieux, 28 d’entre eux sont admis au filet social, 11 seront pris en charge au niveau de l’ANSEJ, 09 orientés vers l’ANGEM et 07 vers la CNAC, donc un total de 55 cas pris en charge à ce jour, soit 56% des 98 cas posés, dont 43 restent en étude. Jusqu’à ce stade, tout va bien, estiment certains jeunes, pour qui le malheur réside surtout au niveau des banques, qui refusent de leur accorder des prêts, en dépit de tous les efforts consentis pour l’octroi du certificat d’éligibilité délivré par l’ANSEJ ou par l’ANGEM et qui de ce fait, sont réduits à néant.
A vrai dire, il faut que les banques s’impliquent davantage et ne se contentent pas de servir de simple guichet. Il faut qu’elles sachent prendre des risques, tout en assurant leurs arrières, comme le font leurs concurrentes étrangères, dont certaines n’hésitent pas à se placer en partenaires crédibles. Par ailleurs, il serait bon de créer un fonds spécial de soutien et de garantie à l’investissement pour les jeunes. Chez les parents, la proposition est autrement vue. Ils appellent à l’ouverture d’un débat national et à l’assainissement de l’administration infiltrée par les suppôts de la bureaucratie, ce qui ne les empêche pas de lâcher du lest en faveur de leurs hommes de confiance ou dès qu’ils reçoivent un coup de fil des classes dirigeantes. Pire encore, certains partis politiques se seraient même servi du phénomène de la Harga, comme d’un cheval de Troie dans leur stratégie d’approche, sans pour autant apporter des propositions constructives. Alors, si les campagnes de sensibilisation lancées précédemment, n’ont pas encore dissipé ce rêve aux allures de cauchemar inhérent au phénomène de la Harga, en revanche, «les élus locaux se doivent de réagir», comme l’a souhaité le wali d’Aïn Témouchent lors de sa première entrevue avec les nouveaux maires.

Source: Voix-Oranie

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