Terga – Des potentialités inexploitées

Pour une fois, nous allons ouvrir cette petite virée par une anecdote. Au milieu de l’été 1985, je me trouvais à Terga- plage allongé sous un parasol. Ce jour-là, il n’y avait pas grande foule, la mer était calme et d’ailleurs on pouvait piquer une sieste sans être dérangé. A mon réveil et en remontant ma casquette je constate qu’une famille est venue s’asseoir juste à côté. Surpris de reconnaître le chef de daïra de la localité un brave monsieur d’une courtoisie exemplaire et réputé «bosseur» et après les salutations d’usage, j’avais du mal à croire que le premier responsable de la daïra côtière se mêla à la gent d’estivants comme n’importe quel campeur. Et en curieux je me suis risqué à la question qui me brûlait les lèvres : «Comment se fait-il que vous n’avez pas de résidence ici ?…». Mon illustre interlocuteur de répondre : «Eh, oui ! », comme vous le voyez, ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte qu’un vieil estivant, certainement un résident de la plage, a suivi du regard notre conversation.
J’en ai eu le coeur net lorsque une fois le bref entretien avec mon voisin du jour achevé, le quidam m’apostropha alors que je rentrais dans l’eau pour faire trempette : «C’est notre «raïs», dira le monsieur avec qui vous parliez», lança-t-il : «Je le sais», fais-je en lui ajoutant : «Il n’a pas de cabanon… ». Sur ce, l’homme au chèche bien ajusté me montra discrètement du doigt une coquette bâtisse située derrière nous dressée au milieu d’autres résidences : «Elle appartient au chef de daïra mais pour l’instant elle est habitée, en attendant que ses anciens occupants déménagent à El-Malah où ils ont obtenu une maison de remplacement. En fait, le responsable cachottier est arrivé après la curée puisqu’une dizaine de résidences que Sonatrach gérait au profit de ses oeuvres sociales et dont les contrats furent bizarrement résiliés ont été répartis entre les pontes de la wilaya de l’époque. Il va sans dire que toutes furent rétrocédées au prix fort.
Terga, rive droite, c’était un peu le territoire des «conquistadors». Voilà pour la petite histoire qui fait partie des caractéristiques de ce bled que les connaisseurs rallient en empruntant la voie sinueuse menant directement à Terga–village, afin d’éviter la sablière. Une sablière qui a fait couler beaucoup d’encre. Située sur l’axe débouchant sur le village et reliée à El-Malah, la grande dune qui ravitaille les camions de la wilaya et des autres wilayas limitrophes telles Oran et Sidi Bel-Abbès, a été au fil des années surexploitée. En vérité, c’est cet important gisement de sable qui constitue la principale source de revenus de la commune. Près de 16 milliards de centimes versés, bon an mal an, dans les caisses de la wilaya, un budget qui, exprimé en termes de quantité de sable extraite, équivaut à plusieurs dizaines de millions de mètres cubes puisés du ventre de la grande dune de Terga dont l’exploitation remonte à des décennies. Une situation qui n’a pas manqué de susciter une série de questions à la suite des inondations qui ont frappé la zone de Terga- plage durant l’hiver 201, lesquelles inondations endommagèrent sérieusement le site.
Plusieurs cabanons emportés par les eaux en crue, des routes détruites, des engins d’excavation engloutis. Des voix s’élevèrent alors pour incriminer la sablière. Pourquoi ? L’immense dune de Terga située au dos de la plage dont elle est le prolongement forme comme un rempart de sable naturel contre les intempéries en retenant les eaux de pluie les effets conjugués de l’érosion et l’extraction effrénée de sable ont affaibli la dune qui n’a pu endiguer le déferlement des eaux en pénurie en direction de la plage. Une hypothèse qui trouve sa justification dans le fait que pareil désastre ne s’est jamais produit auparavant. Aujourd’hui nettoyée et débarrassée des séquelles de la catastrophe, la plage laisse découvrir un chapelet de terrains nus couverts de sable dont on soupçonne à peine l’existence tant la nature a effacé toute trace de démolition.
Privée de ses anciens résidants, Terga–plage, zone d’extension touristique (ZET), végète au gré des saisons après avoir été un haut lieu touristique. A l’autre bout de la plage sur la vie gauche, au versant de la falaise qui s’ouvre sur un chemin en pente, le complexe touristique «Benchaâbane » découvre son imposante architecture face à la mer. Un cadre agréable à un jet de pierre du rivage et une clientèle triée sur le volet, compte tenu des prix affichés. La ZET de Terga outre les rives gauche et droite que sépare un petit oued qui se jette dans la mer, c’est aussi les nouvelles plages de Nedjma et Mordjane qui font respectivement 300 et 400 mètres de longueur et appelées à accueillir divers projets dans le cadre de l’aménagement de la ZET dont la superficie est de 60 hectares sur lesquels 20 ha ont été consommés. Des infrastructures comme un hôtel de 80 lits, deux centres de vacances, une gare routière, un centre communal, une antenne APC, une base nautique, des espaces verts et de loisirs… y sont prévues.
Contrairement aux autres plages du littoral, Terga ne souffre pas encore de surpeuplement en été. De plus Nedjma et Mordjane qui la jouxtent sont totalement vierges et offrent de formidables possibilités d’investissement. Il reste que leur intégration dans la ZET, un statut franchement castrateur au plan de l’investissement, empêche l’implantation d’habitations privées susceptibles de donner une vie aux sites.
Trop de ZET qui n’ont donné que des maigres résultats depuis leur création il y a 20 ans environ. Des projets résidentiels touchant toutes les couches sociales pourraient «booster» la promotion du tourisme de moyenne gamme. La politique des ZET tout en s’attachant à préserver le patrimoine matin et les richesses du littoral, se doit également de prendre en charge les aspirations de ces milliers d’Algériens aux revenus modestes qui n’ont pas les moyens de se payer des vacances dans des hôtels huppés de la côte.
Les bienfaits de la mer sur l’équilibre de l’individu ne sont plus à démontrer. Une société saine peut aussi résulter d’une politique de loisirs qui ne frustre pas le citoyen. Un séjour au bord de mer accessible et bénéfique pour la santé est présentement rendu difficile voire impossible en raison des comportements polluants d’une faune de profiteurs : plagistes, gardiens de parking, hôteliers trop exigeants, boueurs voraces, produits de consommation coûteux, etc. Des contraintes qui ne facilitent guère une ouverture des plages aux couches moyennes.

Source : Echo-Oran

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